Les agences de notation nord-américaines ne représentent aucune autorité légale en France et leur crédibilité est déjà contestée, y compris par l’actuelle directrice générale du Fonds Monétaire International. Pourtant, alors que ces émanations douteuses ont déjà prouvé leur partialité et que leurs représentants ont déjà dû répondre de leur incompétence devant les tribunaux, le ministre français de l’Économie a publiquement consenti à prêter attention à leurs relents.
Pour rappel, le rôle des agences de notations consiste à faciliter, moyennant rétribution, les paris des spéculateurs sur la faillite des états. Mais, contrairement à une idée reçue, les notes qu’elles attribuent sont incapables de refléter une quelconque «santé financière» (voir le AAA attribué répétitivement et avec insistance aux produits subprime avant, pendant et après la crise de 2008). Preuve de l’incohérence de la situation, le contrat d’assurance sur les États-Unis, notés AA+ par S&P’s, coûtait en août 2011 trois fois moins que celui de la France, qui détenait la meilleure note possible (AAA), et l’assurance contre une banqueroute de l’Hexagone coûtait alors plus cher que l’assurance contre une banqueroute du Mexique ou de la Colombie.
Lorsque l’agence de notation Moody’s menace de baisser la note française, le bon sens voudrait qu’un pays aussi digne que la France envoie gentiment cette vilaine guêpe épingler sa note sur son dard. Mais le ministre de l’Économie et des Finances en a décidé autrement. Le 18 août 2011, Monsieur Baroin a assuré que le pays mettra «tout en œuvre» pour ne pas voir sa note dégradée.
Gardons-nous des rapprochements faciles, du genre «triple A égale triple buse». Envisageons toutefois la possibilité que l’influence exercée par une entreprise privée (l’agence de notation Moody’s) sur une autorité publique «reconnue» (le ministère français de l’Économie) traduise un cas manifeste de manipulation. La France serait-elle assez servile ou assez irresponsable pour succomber à la pression d’une entité incompétente et non-démocratique ? Le Ministre Français de l’Économie répond par l’affirmative. D’autres, heureusement, s’en indigneront.